Depuis la fin du mois de novembre 2010, le continent européen, et notre pays en particulier, subissent les assauts d’un hiver précoce et particulièrement rigoureux. Depuis plus d’un mois, températures négatives et chutes de neige se combinent pour créer des conditions atmosphériques particulièrement rudes, dignes des hivers les plus froids du XXème siècle.

Un massacre d'oiseaux sans précédents est en train de se produire dans le nord de la France !

Des dizaines de milliers d’oies, de canards et de limicoles qui hivernent habituellement aux Pays-Bas et en Belgique ont été forcés de reprendre leur migration et de s’aventurer en France. Les oiseaux, déjà affaiblis par la difficulté à trouver les ressources alimentaires, sont chassés et dérangés nuit et jour. Près de 5 000 oies rieuses, 5 000 bernaches nonnettes, des dizaines de milliers de canards siffleurs et quelques bernaches à cou roux, espèce menacée à l’échelle mondiale, ont été observés sur le littoral de la Manche. Malheureusement les chasseurs sont à l’affût et les observations sur le terrain montrent qu’un véritable carnage est en cours. La présence de près de 5 000 Canards siffleurs condamnés à rester posés en mer face à Sangatte, car empêchés par les chasseurs de s’alimenter dans les polders en témoigne. Dans le même temps les fédérations de chasse des départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de la Seine-Maritime demandent la fermeture de la chasse aux alouettes, aux merles et grives et aux petits échassiers en oubliant… les oies et les canards, au motif que les oiseaux qui arrivent chez nous sont en bonnes conditions physiques ! Alors que l’on attend des températures glaciales pour dimanche et que les prévisions météorologiques annoncent la poursuite des conditions hivernales, la LPO demande la fermeture immédiate et totale de la chasse pour toute la durée de cet épisode météorologique sévère. Lors d’une rencontre avec Nathalie Kosciusko-Morizet hier matin Allain Bougrain Dubourg président de la Ligue pour la protection des oiseaux a souligné cette nécessité, mais cette disposition n’a visiblement pas été prise en compte.

La LPO Aquitaine a adressé un courrier au préfet de région pour lui demander une suspension de la chasse car dans notre région les oiseaux affaiblis sont devenus des cibles faciles pour les chasseurs.  La diminution de la distance de fuite et les regroupements dans les rares zones non gelées, en particulier les zones d’eau libre entretenues devant les huttes de chasse rendent les oiseaux particulièrement vulnérables aux dérangements et aux tirs. Chasser dans ces conditions contribue à la destruction du gibier, déjà très affecté par une sous-alimentation facilement compréhensible.
Sur le littoral, les plans d'eau saumâtres sur les domaines endigués sont en partie gelés et le restent la journée, d’où l’impossibilité de s'alimenter correctement ; pour les bécasses, les sous-bois restent également gelés la journée. Les sols sont en maints endroits gelés en surface. L’Aquitaine bien que touchée par le froid, joue en ce moment le rôle de refuge pour les oiseaux chassés du grand nord (actuels afflux en France d'espèces scandinaves comme mésange à longue queue caudatus, buse pattue et jaseur boréal…)

Face à cette situation critique pour les oiseaux, nous avons demandé une suspension de la chasse au gibier d’eau, aux turdidés et à tous les limicoles pendant une période de 10 jours renouvelable.